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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 16:28

 

Nous voilà dans l'aéroport de Ben Gourion, Clara et moi en train de nous débrouiller avec les services de sécurité Israéliens. Détecteur d'arme, senteur d'explosif, analyseur de passeport, valise défaite entièrement, questions etc. Clara se débrouille avec son voyage au Liban quelques semaines auparavant et moi à essayer d'expliquer pourquoi non, je n'ai pas fais exprès d'avoir un tournevis pointu dans mon bagage cabine.

 

Quand on décolle et que l'on survole la Méditerranée, je ne peux m'empêcher de jeter un petit regard vers le sud, pour voir si la roquette reçue la vieille est suivie d'autre tir ou non. Je me dis que c'est assez agréable de partir de ces petits soucis là. Israel, 20 770km², Turquie  780 580 km². Ha ! Pas de checkpoint en vue, ni de pistolet partout. Pendant un instant, il y a eu une erreur, j'ai reçu une pensée me disant « Youhou ! On rentre au pays du Saucisson et des copains! ». J'ai dû vite corriger tout cela et faire remarquer à celle-ci que notre destination était Istanbul, que je ne connaissait pas grand monde là-bas et que ne jurant de rien, peut-être n'y aurait-il pas de saucisses. Pas de problème la pensée me répond que, tant qu'il y a la paix, c'est chouette.

 

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Tranquille

 

Arrivée à Istanbul, la cité tant fantasmée aussi bien par les Orientalistes que par les Erasmus, Byzance, Constantinople et finalement Istanbul pour les uns et « un truc de ouf » pour les autres, j'y étais déjà venu avec la prof d'histoire hypokhâgne deux ans auparavant. Je n'ai donc pas franchement été me balader dans les Mosquées, les bazars et les palais. J'y suis accueillis par Clara (la même qui est tout juste arrivée d'Israël), à deux pas de la place principale de la partie Européenne. Évidemment, il fait froid et comme à chaque fois que je suis à l'étranger, je tombe malade. Mais c'est très bien, je bois beaucoup de thé, je n'ai pas de devoirs donc je dors tranquillement, je bois des jus d'oranges pressées et mange plein d'aubergines. Je rencontre beaucoup de gens qui parlent français, rien que dans l'immeuble où je suis accueillis, il y a 3 étages occupés par un Kurde et une bonne douzaine d'internationaux dont une bonne partie de Français. Dans mon seul quartier de Beer Sheva, nous sommes trois, avec une allemande et un espagnol. L'ambiance est à la rigolade, tout le monde monte et descend les escaliers, un salon accueille régulièrement les trois étages pour un repas, ça sent bon l'Auberge Espagnole.

 

Je suis rapidement assez émus de la richesse de la ville, de sa multitude d'endroits très poétiques et de son foisonnement. Je me retrouve un peu emmerder aussi avec mes histoires un peu chiantes à raconter. Je trouve que celles-ci sont assez lourdes, tristes, graves, chiantes. Shoah, Nakba, roquettes, camp de réfugiés, récits de guerres. Ce qui n'est pas complet, car il y a beaucoup de choses d'autres à dire, des choses simples comme Shabat, apprendre un nouvel alphabet, se faire des amis, les poissons de la mer rouge, les bananiers de Jéricho, discuter en français avec la bibliothécaire. Quoi qu'il en soit, il faut bien que j'explique pourquoi lorsque nous nous promenions je sursaute et mon cœur se met à battre, prêt à courir pour me protéger puisque je crois reconnaître le son d'une alerte à la bombe, quand il s'agit en réalité d'une moto qui passe (cependant, il paraît que l'on s'y habitue, certains sortent même voir les roquettes exploser en l'air). Les réactions ont été aussi assez variées à la question « tu viens d'où ? ». « Ha ?...putain. » « Ha et...enfin moi j'irais pas là-bas, ils ont trop de sang sur les mains » « ha j'y étais y'a pas longtemps, j'ai un copain qu'étudiait à Tel-Aviv » « ha...et y'a beaucoup de Juifs là-bas non ? He ouai, faut bruler l'Etat ». Comble du sort, j'ai rencontré un français de Paris, juif ! Avec qui j'ai passé une après-midi à jouer aux dés.

 

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Tranquille je vous dis

 

jeanduj

Même The Artist y est passé

 

Le deuxième jours, on s'amuse à suivre les pochoirs des anarcho-féministes, chemin emprunté il y a deux ans déjà, qui se trouvent au milieu de quelques autres pochoirs sympa. Globalement, cela mène à Taksim (le quartier très occidental) et un partie à côté du Lycée Galatasaray dans le même quartier. Finalement, on tombe sur un café rigolo, où tout le monde est bénévole, où l'on vend de l'huile d'olive de coopérative ainsi que d'autre produits, à l'étiquette noir & rouge. Il semble que la serveuse soit un sacré personnage puisque trône sur un mur, deux doubles pages d'un quotidien national où elle pose à côté de trois autres jeunes femmes assises dans leur librairie féministe. Je la retrouverai finalement quelques jours après, dans une manifestation aux grands bruits d'une trentaine de personnes filmés par les télés et la police. Tout le café est là, manifestant contre l'emprisonnement d'un des leurs qui a refusé le service militaire, refusant de s'engager dans la « guerre contre les Kurdes » comme me le dit cette féministe. Ils allaient tous à la poste pour un envoi collectif de soutien au prisonnier. Intéressant, le 16 avril devrait être emprisonnés deux personnes appelées de fait Refuzniks, qui s'apprête à refuser de s'engager dans Tsahal, l'armée israélienne.

 

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Un mur

 

 

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Un autre mur, les anarcho-féministes


 

Entre temps, j'ai trouvé le Petit Prince d'occasion, je bois du thé à n'en plus finir, je vais lire des BDs au l'Institut Français, je mange des Donër Kebab, des chocolats chauds, des gâteaux, je rencontre des gens très sympa, j'apprends un peu à jouer au Backgammon/Tavla/Shesh-besh (tout dépend d'où l'on se trouve). Je regarde les bateaux passer, j'écoute de la musique, je regarde la neige tomber, on reparle du collectif qui doit être créé à Bordeaux l'année pour l'année suivante, de Fanzines, je regarde l'Auberge Espagnole et je me marre ! Je vois même des peintures de Dali. je me dis que les Turques sont jolies, je vois des dauphins dans le Bosphore ! Le plus con que j'ai fais, c'est après avoir trouvé l'équivalent de 20€ par terre, je suis allé dans un Carrefour et ai en dépensé une bonne partie dans du chocolat. Comparé à Israël, la nourriture est si peu chère que l'on devient un peu très vite gourmand. Après une bonne douzaine de jours à répéter jours après jours ce que j'ai précédemment décris, je me suis décidé à me rapprocher de la ferme où je devais travailler durant dix jours.

 

J'ai donc choisis un peu au hasard la ville de Fétiyé dans le Sud-Est de la Turquie, où il y a la mer, les montagnes et quelques beaux monuments apparemment. C'est toujours surprenant de découvrir les bus de Turquie, principal transport en commun dans le pays : un écran dans chaque siège, le repas est servis à la manière d'une compagnie aérienne, le thé est apporté à intervalle régulière. J'ai donc regardé quelques films en Turc, le temps de faire passer la longue nuit blanchie par les impressionnante tombées de neige. Je me suis même pendant quelques heures où diable étais-je en train de me rendre. Au petit matin, le bus avançait avec peine dans un paysage de vent et de froid, où la neige recouvrait tout. Je me voyais mal marcher dans la neige sans trop savoir où j'allais dormir. Le plus sûr était donc de me rendormir et d'y penser plus tard. Finalement, j'arrive par un temps magnifique dans une gare routière où je me vois proposer par plusieurs personnes d'aller en taxi dans le centre ville. He ho ! On me l'fait pas à moi le coup du gratuit et tout hein ? Je n'allais pas me faire avoir comme un touriste, non merci, je préfère y aller à pieds ! Et me voilà à marcher sous un beau soleil, au milieu d'un marché où les gens ne ressemblent pas du tout à ceux d'Istanbul. Les légumes sont assis à côtés de dames elles même assises le long d'un canal. Là je me sens vraiment ailleurs, un peu timide du coup. L'eau mène à la mer, le port et les douze îles de Fétiyé. La ville est parsemée de caveaux qui semblent être vraiment très, très anciens, avant JC. La montagne est elle-même percées de nombreux tombeaux, assez impressionnants. Je marche tranquille vers les auberges indiqués par le LonelyPlanet, très fière car j'ai acheté une carte Sim turque qui me permet d'appeler qui je souhaite. Le premier coup de fil donne « Allô ? English ? Closed ! Closed! » et le second « Allô ? English ? English Kapout! ». Bon. Finalement j'en trouve une autre, qui ne figure pas dans le guide.

 

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Les fameux tombeaux

 

 

À côté se trouve une ancienne ville grecque, ville « fantôme », témoin des énormes déplacement de population qui eurent lieu lors de la création de la Turquie. Des populations non turcophones mais musulmanes se sont retrouvées dans le village de chrétiens non grécophones eux-mêmes transférés en Grèce. Je décide de m'y rendre à pied mais ça monte. Je croise beaucoup de chèvres, deux petites filles qui vendent du muguet attendant assises sur le bord de la route, un bunker (!). Quelqu'un me propose de grimper sur son scooter, il a travailler pendant quelques années en Angleterre d'où il est revenu par manque de soleil et trop de pluie. Il me dépose plus haut, ça monte, je décide de faire une pose qui devient pique nique dans un petit coins de montagne. Je me demande vraiment comment je suis arriver dans ce quoi de la carte de l'Europe, c'est drôle. Je suis là, personne ne le sait, tout le monde s'en moque d'ailleurs. Je suis tranquille, un peu caché près d'un ruisseau sec, derrière de gros caillou quand soudain, du bruit ! À l'opposé de la route...une, deux, trois, un troupeau de chèvres qui descend tranquillement vers moi. Mince ! Je vais me retrouver assis au milieu de 30 chèvres ! Mais peut-être le troupeau est suivis de la bergère ? Finalement, le troupeau semble s'autogérer puisqu'aucune bergère n'est apparue...

 

Le soir je rencontre Cédric dans le cybercafé, qui m'interpelle après avoir vu une photo de Bayrou sur mon écran. Je lui explique que c'est assez dur pour moi de me passer des paroles de ce candidat là, un peu sur le ton de la rigolade. Il est français et est juste marié à une Turque, ils vivent à quelques kilomètres, dans une petite maison temporaire, près de la mer où je me retrouve le lendemain pour une journée au soleil.

 

Deux jours après, je suis devenu un peu fermier, un peu berger, un peu bêcheur. Bref sur une petite presqu'île où l'on produit beaucoup de très bon miel, un couple Turko-british avait besoin d'un « travailleur costaud ». Bon, ce n'est pas franchement la définition que j'ai de moi-même mais qui sait ? Pendant dix jours donc, j'ai découvert la vie de cette dame dont le maris est trop âgé et trop fatigué pour travailler à ses côtés. Levé avec le soleil, petit déjeuner de fromage, œuf, olives, thé, puis 6-7h de travail quotidien. Trois nouveaux chevreaux à aider à la tétée, une dizaine de chèvres à sortir, nettoyer leurs lits, un peu de jardin aussi. Yüksel et moi avons tous deux pris soin d'écrire le nom de chacun sur un bout de papier, pour se souvenir du nom de l'autre quand il faut s'appeler. Pas d'internet, le petit-déjeuner, le repas et le diner tout seul avec de la nourriture délicieuse, pas grand monde dans le village avec qui je puisse communiquer. C'était assez particulier, ça ne ressemblait plus franchement à ma vie d'étudiant aux mains douces et fragiles. J'attendais bien souvent le soir avec impatience, où après avoir louper systématiquement le couché de soleil, j'allais sur la plage écouter un peu de musique. Je me suis pas mal énervé contre les chèvres qui ne sont pas douées d'une très grande finesse. J'ai eu peur la nuit tout seul à sortir en caleçon répondre aux appels inquiets du chien de ferme, pour finalement me retrouver devant une grosse ombre animale noire dans le jardin, tellement effrayante que même le chien s'est mis à gémir, j'ai alors préféré retourner en courant dans ma cabane et laisser le chien se débrouiller. J'ai dû affronter un bélier de 80kg et 2mètres debout, je l'ai « pris par les cornes » alors qu'il chargeait la fermière.

 

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Tout est vrai!

 

Finalement, j'ai pas mal travaillé, j'ai pas mal lu, j'ai beaucoup pensé et ris tout seul. C'était bien.

 

J'ai eu accès une fois à internet pour apprendre que 200 roquettes étaient parties depuis Gaza.

 

Il était temps de rentrer, de retrouver mon chez-moi.

 

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Théo.

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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 23:40

Zou

Bon, ça fait très longtemps que je n'ai rien écris, bon...c'est comme ça. C'est pourquoi, j'ai pris le temps de terminer une histoire commencée il y a bien longtemps mais bon...j'espère que c'est tout de même intéressant.

 

Depuis, il y a eu la famille, Noël à Jérusalem dans un bungalow de 9m², la ville sainte sous la pluie, les pizzas au feu de bois et au Ketchup, la fin du semestre, les devoirs à rendre, l'exam' d'arabe, les dissert' à écrire en anglais, le mois avec uniquement 8h de cours, le vocabulaire d'arabe à entrer de force dans la mémoire, les shabat où je ne comprends toujours pas grand chose aux discussions en hébreux. L'arrivée des nouveaux étudiants étrangers, le nouvel an à une soirée "Dub-step" (oulala!) où l'on a pas mal pensé à tous les copains qui sont ailleurs etc. etc.

 

 

 

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La sœur et l'esplanade des Mosqués, Jérusalem

 

Du coup, les dernières nouvelles sont : je finis d'écrire ma dissert' trop longue et trop stressante et je pars un mois en Turquie du 19 février au 17 mars, pour aller voir ailleurs, voyager un peu tout seul, et puis pour l'aventure.

Published by beershevamevoila
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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 23:04

Écris en plusieurs fois, une « archive ».

 

 

Des Visages, des Visages


 

Voici, peut-être un bout d'aventure qui reflète la complexité, l'incroyabilité, la difficulté de ce que je rencontre, la multitude de ce que je découvre. La valse des visages est un peu ce que je vis, tout le temps, auxquels je m'adresse, je souris, je me force à sourire, je me tais, je suis ému etc. Une valse où tout le monde ne danse pas avec tout le monde, sauf peut-être moi, parfois. D'où le tournis ? Parce que les frontières ne sont pas forcément visibles mais que j'ai la chance de pouvoir en franchir un certain nombre. Un checkpoint, un quartier, des noms, des atmosphère etc.

 

Sur ce blog, il y a peu de quotidien, il y a plus de l'anecdote, du ressentis, des voyages des rencontres. Mais le plus présent, le plus simple ; les lourdeurs, les lassitudes ou les enthousiasmes n'y sont pas trop. Et c'est normal, je ne sais pas vraiment les dire. Ou plutôt, ils sont moins évidents. Franchir un checkpoint, c'est une évidence, la place Tarhir, ça l'est aussi. Mais toute les petites discussions sur l'armée par exemple : les petits mots échangés, la confiance qui hésite, les petits regards qui en disent rien ou tout. Toutes les nuances accumulées et récoltées dans la découverte de mes coloc', des inconnus, des amis, en tant qu'individus qui ont été soldats, qui ont fais la guerre, ou non. Un exemple parmi d'autre. Cela, c'est sûrement ce qui est le plus riche et le plus long aussi à saisir. En somme, peut-être est-il important ou primordiale de lire autant ce que je dis, que ce qui ne l'est pas, et que l'extra-ordinaire n'est qu'un outils pour imaginer l'ordinaire.

 

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Le prêtre copte au Ray Ban, Le Caire

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Ce qui était prévu pour ce week-end était de se rendre, Christine (une allemande) et moi, avec Breaking the Silence pour un témoignage d'anciens soldats israéliens ayant servis durant la seconde intifada (années 2000) au Sud d'Hébron sur la réalité de l'occupation mais surtout sur la place que les soldats occupaient dans la politique mené dans les territoires palestiniens occupés. Le lendemain, je devais me rendre à l'université de Bethléem, où deux françaises amies d'amie intervenaient avec des étudiants palestiniens.

 

Je devais être hebergé mardi soir à Jérusalem par Galit, une amie de mon coloc', le départ pour la Cisjordanie étant prévu à 8h30 le lendemain matin. Et, tout bêtement, la question était de savoir ce que nous dision à Galit et à sa coloc'. J'étais un peu perdu, parce que souvent les réactions peuvent être déterminées par un raisonnement un peu « clanique » – « dans quel camp es-tu ? », en sommes : « qui est le plus gentil ». Or, c'est tout sauf mon objectif (surtout au sein de la société israélienne) que de choisir. Ce n'est pas mon dessein. Bon, décision est prise de dire que l'on va dans les « territoires occupés » et que l'on doit partir tôt. Et puis après, ben merde.

Galit nous accueille avec une soupe et une copine canadienne qui vient de faire son aliya il y a trois mois. Elles étudient toutes les deux à l'Université Hebraïque de Jérusalem la sociologie mais surtout les Middle Eastern studies qui se traduit un peu maladroitement par Étude Moyen-orientales, je crois. Galit est trop belle, ses parents viennent d'Irak, et après quelques temps de cordialités un peu pudiques, il s'avère qu'elle parle plutôt bien l'arabe de Palestine, qu'elle travaille à Jérusalem Est avec des palestiniens dans l'organisation de matches de Basket bien qu'elle ne sache pas y jouer elle-même. Sur une étagère, il y a un livre de Leonard Cohen (le chanteur) dont la couverture est une étoile de David où les deux triangles prennent la forme de deux cœurs et qui relate l'aventure de l'auteur sur le chemin du Boudhisme. On est un peu sur le cul, les précautions prises tombent à l'eau. Il est tard et elle doit étudier, c'est alors au tour de sa coloc' d'arriver. C'est la suite des dominos qui continuent leurs courses. Je ne me souviens plus de son prénom, elle ne vient pas d'Irak, elle vit à Jérusalem depuis peu. Elle s'est installée ici pour continuer l'aventure collective qu'elle a entrepris depuis son appartenance au (fameux) « Mouvements de Jeunesse », vers les douze ans et qui prend aujourd'hui, un peu plus de dix ans plus tard, le nom de « communauté ». Elle et une dizaine d'autre jeunes tentent de vivre de manière collective, basée sur le partage tant des biens que des savoirs. Certains de ses amis partagent intégralement l'argent. Leur but est de créer une société non capitaliste. C'est un peu fou, on en arrive à parler de ce qu'ils appellent Commune (elle ne connait pas celle de Paris), mouvement plutôt dogmatique en Israël selon elle, à connotation un peu péjorative dans le pays. On découvre une jeunesse un peu différente de celle que je connaissais jusqu'à alors des House-Party de BeerSheva. Et oui, car finalement, il se trouve que le bar « Hashan Hazman » (qui veut dire plus ou moins « un temps pour fumer ») dont les murs sont des livres d'occasions, tous à vendre, est un peu la devanture d'une association de gens ayant décider de se « décentraliser » et d'entamer, en bref, un « travail social ».

 

*

 

Le lendemain, rendez est pris pour découvrir une nouvelle voix de celles qui m'intéressent beaucoup, c'est justement l'idée de Breaking The Silence(« Rompre Le Silence »), de proposer aux « soldats ayant servis dans les Territoires durant la 2ndintifada (en service règlementaire ou en réserve) [de] livrer leurs témoignages ». C'est un groupe de jeunes, qui sortis de l'armée à l'issue de ces années – et ayant principalement servis à Hébron ou dans sa région – ont découvert en se rencontrant qu'il y avait une méconnaissance de la réalité de l'occupation au sein de la société israélienne. Ils ont alors décidé de se payer un scooter avec l'argent collectée durant leur service pour parcourir le pays et collecter des témoignages.

Or, cette démarche est extrêmement intéressante à mes yeux, car elle a vraiment pour cible la société israélienne. S'ils veulent « briser le silence », ils parlent bien de celui de la société israélienne, part là de leurs amis, familles et de tous les autres. D'ailleurs c'est lui qui le dit : le but est d'« ammener Hébron à Tel Aviv ».

 

C'est ainsi toucher à un point extrêmement central de la société israélienne : l'armée et plus précisément le service des jeunes, véritable ciment national.

 

Un jeune américain qui fera son Aliya prochainement (Sa « Montée ». Référence biblique au passage du peuple juif d'Égypte en « terre d'Israël » – « Eretz Israël » – ; en réalité politique, cela signifie utiliser la fameuse « loi du retour », qui autorise tout juif du monde à migrer et acquérir la citoyenneté israélienne) et ayant décider d'aussi effectuer son service militaire me disait « tu sais, tant que t'as pas fait l'armée, tu fais pas vraiment partie de la société israélienne ».

 

 

C'est donc Nadav qui nous emmènera en Cisjordanie, au sud d'Hebron. Il a 23 ans, ce qui est assez jeune pour un israélien, il n'est sûrement pas encore étudiant, plutôt entre boulot et voyages, tout juste « libéré » (« released », terme utilisé pour désigner la sortie de l'armée) probablement deux ans plus tôt. Il a servi au alentour de 2007 à Hébron et était donc un « soldat combattant », ce qui renseigne un peu sur son parcours politique : tous les israéliens ne servent pas en tant que « combattants », tous ne sont pas en casque/gilet pare-balle à un checkpoint, dans les territoires palestiniens occupés ou aux frontières. Il existe de nombreux moyens d'éviter de servir dans les territoires occupés, sans pour autant encourir de lourdes conséquences. Les expériences du service militaire sont vastes et diverses. La grande majorité des conscrits s'occupent à des tâches très différentes de celles de combattant. Selon mon colocataire, une large majorité n'occupe pas une telle fonction. Faire à manger pour les jeunes conscrits, conduire des camions, instruire, sensibilisation auprès des adolescent de ce qu'est l'armée avant la conscription, même travailleur sociaux auprès de populations israéliennes.

Donc, le fait de servir en tant que combattant est un indicateur. Disons que le fait qu'il ait servis à Hébron peut vouloir signifier qu'il ait eut un passé politique (très) différent de celui qui est le sien aujourd'hui, fortement ancré à gauche.

 

Cependant, je peux me tromper dans ce raisonnement, car tout cela n'est que des connaissances empiriques récoltées au cours de discussions durant ces six derniers mois. Il se peut par exemple que les effectifs de combattant aient augmenté durant la période de la 2ndIntifada.

 

C'est pourtant Nadav, à peine sortit de l'armée qui se retrouve à guider un car remplis d'internationaux, dont une bonne partie largement déjà acquise à la cause palestinienne et donc bien au fait de la réalité de l'occupation. Ce fut très intéressant et instructif d'observer la place et cet israélien, en face du « monde », répondant aux questions incriminant son pays, ses dirigeants, en somme son monde. Je l'ai vu avec un sacré cul entre deux chaises : d'un côté, l'armée représente la nouvelle protection du peuple juif, chargée de le protéger contre un nouvel holocauste, crime absolu dont il fut la victime ; armée dont la victoire mythique de 1948 illustre bien sa mission, sa force et sa fierté. En la décrivant comme coupable dans les Territoires Palestiniens occupés, il se retrouve en position de « traitre », en tout cas en « déconstructeur » de ce mythe d'armée protectrice.

 

Ainsi, Ilan Greilsammer , un intellectuel israélien membre de La paix maintenant écrit-il quand à la critique de l'armée :

 

« Comment défendre ses besoins réels de sécurité militaire tout en décriant ses actions militaires, comment mettre en valeur «Tsahal-l’armée du peuple» et critiquer les actions de «Tsahal-le bulldozer», bref comment, à la fois, soutenir et décrier, appuyer et critiquer, aimer et détester?  »

 

Car les membres de Breaking the Silencene s'excluent pas de l'armée, nombres d'entre-eux continue de servir lors de leurs périodes de réserve.

 

*

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Voiture brulée au Caire

*

 

Devant être le lendemain à 10h à Bethléem pour rencontrer des amies des amies du village familial français, je devais trouver un endroit où dormir à Jérusalem. J'avais oublié d'y penser. C'est finalement la maison de bobo Jérusalemienque me trouve Bendix, un allemand (étudiant en France) faisant son année à l'étranger à Tel Aviv. Cette fois ci, pas de pincette quant à Breaking the Silence, le maris journaliste au Jerusalem Post est très au fait de ces mouvements, très ouvert et avenant.

Mais c'était oublier sa femme, dont le sang n'a fait qu'un tour lorsqu'elle a cru voir arriver « deux militants des droits d'l'homme », « parc'que, ceux là ! Hein! », et de nous accueillir d'une traite par « parce-que moi, je reconnais le droit d'Israel à exister hein! Alors les militants des droits d'l'homme qui viennent sauver l'monde en deux s'maines hein ! Ça commence à bien faire  ». Les pincettes auraient alors sûrement pu éviter les gentillesses et explications/rectifications qui permirent finalement de partager le saumon du diner.

Finalement tout cela résolu lorsque l'on proposera d'emmener en ballade « Bella », le chien de madame.

 

*

 

Je découvre le lendemain l'Université chrétienne de Bethléem, accueillant aussi des musulmans où doit avoir lieu la présentation finale d'un atelier théâtre animé par deux françaises, une comédienne et une avocate. Bus - mur de 12 mètre - taxi arnaque, j'arrive avec le temps de prendre un café et un beignet dans le self de la fac où je digère tranquillement la tradition de fin de repas à l'Arack (alcool syrien qui dépote) de la veille. C'était drôle d'être dans cette salle, entendre parler de Théâtre-forum et de Théâtre de l'Opprimé, en Français, avec des étudiants musulmans et chrétiens mettant en scène des situations sociales vécues.

Ensuite, Bethléem de nouveau, celui d'à côté de l'Eglise de la nativité (celle de Jésus!), avec un petit café turque et des françaises. Elles sont profs de français à l'Université ou auprès de l'Autorité Palestinienne, pour deux ans ou plus. Je me fais invité à deux « soirées », à Ramallah...Alors là, c'est un peu intriguant. Deux profs de français font leur pendaison de crémaillère et des étudiants font une fête de départ. Ça me plait bien de me laisser emporter par ces invitations, tranquille, un peu comme si j'étais en voyage. Et hop, en route pour Ramallah en taxi collectif, juste le temps de tchatcher avec cette française de 25-26 ans enseignant le français à des membres de la police palestinienne, et en même temps de faire une petite sieste, tranquille. En arrivant à Ramallah, alors qu'on parlait en anglais, quelqu'un nous interpelle, « vous êtes français ? Bonjour enchanté, comment allez-vous? », un type, la classe, style « homme-pressé », « je suis franco-palestinien, à Bientôt! ». Zou.

 

Dans une journée, ça commence à faire beaucoup de gens qui parlent français et qui semblent partager un train de vie confortable. He oui, c'était en fait le début de la fameuse « bulle Ramallah » !

 

En effet, j'arrive ensuite dans un appartement d'étrangers vivant là à moyen terme, une, deux années, plusieurs mois. Deux françaises tout juste diplômées de Français Langue Étrangère. L'une a déjà enseigné en Slovaquie deux ans et alors que son frère partait en Afghanistan, elle se rendait en Cisjordanie pour donner des cours de français à l'Université de Birzeit, à côté de Ramallah (cool pour les parents...). La troisième colocataire travaille à l'institut français de la ville. Toutes sont officiellement domiciliée « ailleurs » pour pouvoir obtenir leurs visas.

Tout ce petit monde va acheter des bouteilles d'alcool dans un petit magasin juste à côté, je suis un peu étonné, bière, vin, Arack...il y a même un 'October Fest' (la « fête de la bière » allemande) en plein centre de la Cisjordanie tous les ans, dont la bière est produite par des Chrétiens, attirant bien du monde semble-t-il.

Je rejoins ensuite l'Allemand rencontré la veille, pour me rendre à une autre soirée, plus étudiante, plus jeune et je me retrouve au milieu d'une bande de...sciencespo français ! Tous de Lyon, tous étudiant à Birzeit. L'appartement était plein d'internationaux, il y avait de l'alcool et du fromage! (je veux dire qu'en Israël il est si chère que c'est un peu exceptionnel). On se montre le dernier Keffieh acheté, « le vrai, celui d'Hébron ! - ha ouai, il a l'air de qualité hein... », on se raconte la cueillette des olives avec le prof d'études politiques, on parle de la manif' de la semaine dernière à Bilin', en résistance à la construction du Mur. Je me sens un peu décalé. Mais très curieux. Des palestiniens arrivent, une des étudiantes souffle, « ho non, merde, voilà mon ex »...Ce petit monde m'a l'air tout a fait épanoui.

Une palestinienne me dit après avoir déclaré étudier à Beer Sheva « et...t'as des amis juifs...? » sur un ton qui m'a pas, mais alors pas du tout mis à l'aise.

 

Mais ensuite, la rencontre et l'histoire la plus folle de la soirée. Je rencontre quelqu'un qui me raconte,

 

Je m'appelle Toufik. Il a deux passeports, un français, un algérien. Adopté jeune par une famille catholique française suite à des soucis au sein de sa famille il grandit en France. Il a 47 ans.

Là, sa promise meurt dans ses bras, jetée du 5ème étage par sa propre mère suite à l'annonce de leur éventuelle union. Il part. Avec ses deux passeports. Italie, Grève, Turquie. Puis Liban, Syrie, Israël et Ramallah. Il ne parle pas anglais mais un marseillais de qualité. Il me dit voyager avec son arc et un grand couteau, pour se débrouiller. Il pratiquait le tir de compétition en France, dans les Alpes. Il s'est converti à l'Islam il y a de ça deux années. Il me raconte son entrée en Israël, épique, par la frontière jordanienne, où tout le monde est incrédule à l'idée que quelqu'un puisse souhaiter entrer avec tout son accoutrement. Ils finissent par trouver quelqu'un qui parle français parmi le membres de la sécurité. Après de longues explications, il entre et on lui lance « essayer de ne tuer personne! ». Ensuite il se rend au mur des lamentations, où il « bip » au passage des scanner, « mince, j'avais oublié de laisser mon couteau [qui semble plus avoir la taille d'une machette] ! T'imagine la tête du gars ! Quand il sorte le couteau de mon sac ! Je me dis ''merdeeeee'' ! Alors là j'étais pas sortis d'l'auberge ». Direction le poste d'où il sort longtemps après, laissant encore une fois « le commissaire » incrédule, avec comme promesse de déposer le couteau à son hôtel et de revenir uniquement après cela. Bref, le RSA touche à sa fin, 47 ans. Juste pour en avoir le cœur net, tous les tampons sont sur son passeport et la licence de tir à l'arc est avec lui. Son voyage n'a pas de fin, en tout cas pas de retour.

J'ai ris, mais j'ai ris! De toutes ces histoires racontées en marseillais.

 

 

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"Il fut un temps où il n'y avait que des mangues"

 

Finalement le vendredi matin, la grasse matinée, le réveil tranquille ainsi que les pâtes aux tomates me feront prendre le bus pour Jérusalem vers 13h30, tranquille, le sentiment d'être en voyage et d'être tranquillement promené par les rencontres et les accueils. Sauf que le retour à mon autre réalité me dit, « merde, Shabat! Non, pas encore, quel con ! » He ben si, encore, quel con. J'arrive à Jérusalem, nous sommes vendredi, c'est le début de Shabat donc plus aucun transport en commun, plus de bus, pas de dodo à la maison, il faut trouver un endroit où dormir, je ne vais pas pouvoir travailler suffisamment pour la fac le lendemain etc. etc. Finalement, il y a le système de taxi collectif qui, pour un peu plus chère que la normal me ramène à Beer-Sheva. Dans le taxi, c'est un bordel monstre, tout le monde négocie, je n'ai pas assez de sous mais il me dit de monter. Personne ne sait exactement où va le taxi, il semble qu'uniquement le chauffeur ne parle hébreu, alors il tente de communiquer en arabe, mais les soudanais répondent en...soudanais (?) et les philippins? Bref, on rigole bien.

 

Entant vendredi, mon coloc' m'invite à la dernière minute pour un repas où la conversation s'engage

« 

אמ אתה לומד -

אני לומד פוליתיכה -

 »

« Quoi ? Tu étudies les sciences politiques ? Ici ? À Ben Gourion ? - ben oui... - Ha ! Mais alors tu es un sale gauchiste, tu adores les arabes ! ». Heu... qu'est-ce qui m'emmerde lui ? Là bas le problème est que j'ai des amis juifs et ici que j'étudie les sciences politiques et donc que j'adore « les arabes »...Cet accueil me flanque le cafard. L'explication est en plus ridicule : une organisation étudiante qui a déjà fait des remous, à officiellement demandé au Directeur de l'Université de fermer le département de Sciences politiques tant que continueront à enseigner certains professeurs trop à gauche selon eux. Or j'arrivais le jour où la presse faisait échos de cette histoire franchement ridicule mais que beaucoup d'étudiants prirent au sérieux. Pour finir, étudiant les sciences politiques dans un autre département que celui incriminé, je n'étais plus soupçonné « d'adorer les arabes ».

 

Finalement, franchir des frontières est l'aventure récurrente ici. Parfois c'est agréable, parfois c'est plus une douche froide.

 

 

 

 

Théo.


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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 00:53

...

je publie quelque chose parce que sinon, de la publicité sera affichée sur le blog, et je n'en ai aucune envie...

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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 17:02

Petite introduction a un grand sujet.

Sûrement un grand décalage entre une perception médiatique, une réalité politique incontestable, des guerres biens réelles.

L'armée israélienne.

J'ai une catégorie spéciale appelée « Bullshits of the week » – Conneries de la Semaine – dans laquelle je répertorie les énormes ou petites conneries que l'on peut entendre ou voir. Petit exemple, une israélienne que je connais pas trop mal, « ma sœur n'était pas d'accord pour que j'aille voyager en France, elle avait peur que je me fasse égorger par des musulmans, comme c'est arrivé en Angleterre ». Celle de cette semaine, c'est moi qui l'ai faite. Je me suis retrouvé avec dans les bras un M16, et à le montrer sur skype. Grand moment de solitude, de honte, de peur, de « Ho merde, putain », de honte.

Mon colocataire était partie en réserve comme tous les israéliens juifs de moins de 50 ou 40 ans (je ne sais plus exactement), pour deux semaines, dans le désert, proche de Beer Sheva. Mal rasé, boucles d'oreilles toujours accrochées, le bedon de la pré-trentaine. Il est membre d'une unité un peu spéciale apparement, je ne sais rien de tout ça, c'est secret. Toujours est-il, que 5 ans après sa « libération » (released, être libéré, relâché), il y était de nouveau, il n'avait franchement pas envie d'y retourner, replonger dans la situation qui en marque beaucoup, revivre l'armée dont il n'avait qu'une envie, la quitter. Il n'a fait aucune guerre. Mais ce n'est que 10 jours, payés, et cette fois-ci, pas de punition pour barbe non rasée, chemise hors du pantalon etc.

Je le vois partir en uniforme, vert, Tsahal. Deuxième fois qu'il y a un soldat dans ma maison, mon coloc', franchement pas trop crédible, le connaissant. Le premier était mon ancien colocataire, lui aussi en réserve.

Durant cette période, étaient arrivées deux copines françaises, tout le monde était réunis à la fin de shabat pour célébrer la Tartiflette (dont le reblochon était vraiment bon, lait cru, de Savoie). Avant le repas, mon coloc' arrive en uniforme avec la fameuse grosse mitraillette en bandoulière, pour la Tartiflette. Je ne sais plus comment et pourquoi, le petit groupe de français se retrouve à parler sur skype avec la famille restée en France, tout excité par cette ambiance chaleureuse. Et là, pourquoi et comment, « vous savez pas quoi ? y'a a une mitraillette à la maison ! Ho, montre leur ! »...Je demande, on me tend ce truc, je sais pas comment l'attraper, je suis le bras tendu, avec dans ma main, une arme de guerre.

Rapidement, mon autre coloc' me l'enlève, va dans ma chambre et « tchic tchak, rack », vérifie qu'il ne reste pas une balle dedans. Je me sens pitoyable en écrivant cela. Il a fait la guerre du Liban, enfin a failli, démobilisé le matin-même de la pénétration en territoire libanais, à 19 ans.

On en a beaucoup reparlé avec ce coloc'-ci, le lendemain.

Quel con.

 

 

 

 

 

A ceux qui sont fan de Balkan Beat Box

 

Always tell your better half of the story

  It goes well with the better side of your face u show on TV

  Give me a good reason why I shouldn't start a revolution

  What's in the constitution? Is this illusion that we buy?

  U cut the wings and then u say fly

U say the hero is the one that died

But the true hero is the one who doesn't live a lie and understands  

That there's an end out of the cycle

Who's the master? Who's the disciple?

U can do what u can, but will u do it again?

So what's the plan?

  Looks like we are going to get war again

 

*

 

On nous racontes toujours la meilleur part de l'histoire

Ça va bien avec la meilleur part de votre visage que vous montrez à la Télé

Donne moi une bonne raison pourquoi je ne devrais pas entammer une révolution

Qu'est-ce qui est dans la constitution? Est-ce cette illusion que nous achetons?

Vous nous coupez les ailes et nous dites ensuite vole!

Vous dites que le héros est celui qui meurt

Mais le véritable héros est celui qui ne vit pas dans le mensonge et qui comprend

Qu'il y a une issue en dehors du cycle

Qui est le maître? Qui est le disciple?

tu fais ce que tu peux, mais pourras-tu le faire de nouveau?

Alors c'est quoi le plan?

C'est comme si on retournait à la guerre, encore

 


Balkan Beat Box, Israeliens, War Again.
Désolé pour la traduction.
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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 14:29

Un bout du Caire en Octobre 2011

 

 

 

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Voici les photos que j'ai pris du Caire, en argentique et en Noir & Blanc avec mon appareil sans electricité. Je n'ai ramené qu'un film de 36 poses bien que je disposais de plus de pellicules. La plupart des photos ont été prises bien cinq jours après mon arrivée et donc juste avant mon départ. Il m'était plus facile de prendre en photo des "choses" que des gens, je ne sais pas encore le faire.

 

Parfois, les sujets m'avaient été montrés auparavant par quelqu'un qui m'en donnait aussi leur sens. Par exemple la place Tarhir, qui m'a été montrée, décrite et racontée par Rachid et Ali, tout comme l'ancien bâtiment du Parti National. Ainsi le sens n'est pas que le mien...Mais parfois c'est aussi uniquement mon regard.

 

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Place Tarhir, pochoir attendant d'être traduit. Un visage, encore un.

 


 

 

 

 

 

 

 

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 Tarhir (et moi)


 

 

 

 

 

 

 

 

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Ancien bâtiment du parti National de Moubarack, brûlé lors de la révolution, vu du musée Egyptien. L'histoire est pas très clair. Une des marques visibles de la Révolution avec la terre qui n'arrive pas à repousser sur Tarhir. On y verra les symboles que l'on veut.

 

 

 

 


 

 

 

 

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Sur la route des pyramides depuis le Caire. Le Caire et ses 15,5 millions d'habitants.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Une petite place dans le centre où l'on fumme tranquillement, avec un magnifique arbre et une très belle lumière

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Une vue sûrement classique et un peu romantique, l'Orient tel qu'on aime le voir, je ne sais pas.

 

 

 

 

 

 

 


 

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Le Nil et les riches quartiers, en face de Tarhir.


 

 

 

 

 

 

 

 

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Le cadre dans le cadre.

Messe chrétienne où l'on chante en arabe, ensemble. Je m'y suis rendu avec Simon où nous avons rencontré des amis.

 

 

 

 

 

 

 

 

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 22:09

Pardon, mais l'article sur les relations Iran/Israel et la question du nucléaire attendra.

 

Là, c'est le cœur qui parle.

 

Voici ce que ma charmante voisine me ramène à l'instant de France

 

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Sans commentaire.

 

Théo.

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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 10:36

Hier, j'achetais des pommes pour faire un crumble dans une rue un peu animée de BeerSheva, dans un magasin ouvert sur l'extérieur avec Mateo quand, Le grand Bruit retenti...On sort, les pommes non payées à la main, on regarde le ciel. "Tu crois que c'est la vraie sirène?" "Mais évidemment que oui!". Vite, on se retourne vers la caissière, "Eifo?" "Lean?" ("où", "vers où"), où est-qu'on doit aller bordel. On court derrière elle, Mateo me dit "mais les pommes! laisse les dans le magasin quand même!" "Mais on s'en fou des pommes, merde!". Nous voilà dans un immeuble avec les gens de la rue, plutôt vieux. On rencontre un mec qu'avait rencontré Mateo auparavant, on discute un peu bruyamment, les bonnes femmes nous intiment "!שקט" "Silence!" avec un regard choqué.

 

Bref, ce fut deux grosses explosions juste au dessus du quartier qui correspondaient en fait à la destruction des roquettes par deux missiles israéliens.

 

Au final, j'ai oublié d'acheter le sucre.

 

Mais ce qui est intéressant, c'est qu'aujourd'hui j'assistais à une discussion en ligne entre Mateo e tle correspondant d'un des grands quotidiens espagnols, supposé super interlocuteur pour mieux comprendre, surtout qu'il prétentait hier dans un article en ligne qu'une action sur Gaza de grande ampleur est certaine, ne restait plus qu'à savoir la date.

 

Je lui suggère une question : Israël pourrait-il se permettre une nouvelle attaque type "Guerre de Gaza 2008-2009" (Plomb Durçi, 1300 morts dont 900 civils selon les sources) au regard de l'impact de cette dernière sur ses relations diplomatiques, dans un contexte de globale faiblesse - demande de reconnaissance à l'ONU en tant qu'Etat des territoires palestiniens occupés, attaque de l'Ambassade Israélienne au Caire suite à la mort de 5 policiers Egyptiens à la frontière du Sinaï (sans aucune excuse officielle de la part d'Israel), la Turquie menant une bataille diplomatique contre Israël suite au sort de la Flotille etc.

 

La réponse fut d'une telle intelligence : 

 

10:35 x : tu preocupate más por los misiles y menos por Turquia:)

 

Ce qui signifie - 10:35 x : Préoccupe toi plutôt des missiles que de la Turquie.

 

Ce journaliste nous dit en substance : "He les gars, préoccupez-vous plutôt de votre peur que de votre raison" - à un étudiant en 4ème année de journalisme, ayant déjà travaillé pour Expansion et El Mundo lui même.

 

C'est dommage, car il va pourtant s'agir d'une décision politique lorsque Israël décidera ou non d'attaquer de nouveau Gaza, avec le danger de la même démesure* de 2008-2009.

 

 

Théo.

 

 

* D'ailleurs pour ceux qui parle anglais, voir Breaking the Silence, témoignage de Soldats de Tsahal notamment à propos de "Plomb Durçi"

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29 octobre 2011 6 29 /10 /octobre /2011 21:29

J'aurais eu plaisir à vous écrire en direct de la place Tarhir, au milieu de tous les drapeaux, quelques mois auparavant, mais finalement, c'est tranquille, dans la petite ville tranquille de Beer-Sheva que je vous raconte un petit bout de mon petit voyage sur la place aujourd'hui fameuse et calme, là où eut lieu une des deux grandes révolutions du « Monde Arabe », qui sont venus rappeler aux vieux révolutionnaire de 1789 qu'ils n'ont pas le monopole du moment révolutionnaire.

Parce que finalement, la révolution, elle est sur bien des lèvres au cour de tous les « mouvements sociaux » (parfois même on se déguise pour l'occasion), mais moi, je ne l'ai jamais vécue et la vieille question réforme/révolution semble dissocier rupture tranquille et chaos sanguinaire. Là bas, les lèvres avaient plutôt tendance aux sourires, tout en se souvenant des tués mais aussi des nombreux blessés.

  visa

Le passeport se remplit un peu plus

 

Pour se rendre en Égypte, il suffit de traverser la frontière en ayant préalablement obtenu un visa dans la matinée du départ. Bon, il faut aussi traverser le Sinaï qui serait actuellement plein à craquer d'Alquaïda et autre organisations terroristes supposées responsables de l'attaque qui eut lieu en aout tuant 8 israéliens. Après « l'assaut » contre l'ambassade d'Israël au Caire (et le rapatriement de l'ambassadeur), les israéliens ne sont pas vraiment friands du voyage bien que les plages du Sinaï soient d'ordinaire un lieu très prisées pour les tout-juste « libérés » (« libération » est la mot utilisé par de nombreux israéliens pour désigner la sortie de l'armée). Ce n'est donc pas très rassurés que Simon et moi prenons le bus pour le Caire, avec d'autres étudiants étrangers de Jérusalem. C'est drôle, le chauffeur du bus nous raconte que « non, il n'y a pas d'Alquaïda dans le Sinaï...enfin, vous savez, moi je suis bédouin alors...je mets mon turban et...je prie comme il faut et, ils me laissent tranquille...j'ai pas de problème ». Pas très rassurés car il est difficile d'avoir une vision claire entre la part de fantasmes que nous récupérons des israéliens et la réalité et les réels dangers que nous pourrions courir. En quelques mots, de quoi avoir peur? Du fait que des égyptiens voient notre visa étudiant israélien (le fantasme) ou du risque d'enlèvement? Ainsi, le prof de contre-terrorisme (qui a travaillé avec la CIA, qui semble plutôt costaud dans ses recherches) avait prévenu tous ses étudiants – y compris Simon donc – de ne surtout pas se rendre en Egypte ou en Cisjordanie! "Les mecs déconnez pas! C'est de terrorisme dont on parle là!"


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" 25 Janvier

La révolution continue! "

Place Tarhir

 

Le dernier conseil des ambassades était de ne pas traverser le Sinaï de nuit, donc nous voilà montant dans le microbus avec un magnifique coucher de soleil laissant place à la lune et à la route, au milieu des collines d'Égypte! Ho!? Premier checkpoint de l'armée, casques, gilet pare-balles et mitraillettes, plutôt jeunes les soldats mais bon...ce sont les mêmes qui ont protégé les civiles de la répression policière en janvier. Second checkpoint, tank. Troisième, mitrailleuse montées sur jeep. Bon, on verra. Nous traversons le Canal de Suez (par dessous), souvenir de la « crise » de 1956 qui opposa Israélien/Français/anglais à l'Égypte suite à sa nationalisation, ce qui permit à Israël de se doter de l'arme nucléaire grâce à la France. Ensuite, le chauffeur décide de mettre nos tripes à l'épreuve et entame un slalom entre les camions à 140km/h.

 

Pour moi, c'est un peu fou. Se rendre dans le pays des pharaons, des pyramides. Et puis, Le Caire! Cela me fait penser à l'Université ainsi qu'à la bibliothèque d'Alexandrie où étaient conservés un incroyable nombre d'écrits qui voyagèrent ensuite dans le monde entier, apportant les arts et sciences à l'occident En fait j'ai l'impression de me rendre dans un pays où l'histoire n'est pas qu'actuelle, où elle n'est pas que politique et contemporaine. Et puis c'est Nasser aussi, le grand chef dont je ne connais pas grand chose mais qui semble avoir été dans les années 50 une belle épine pour les empires. C'est drôle, je serai aussi sur le continent africain pour la commémoration du massacre du 17 octobre 1961. Bref, pour moi c'est un peu symbolique tout en étant très confus. Le premier soir, nous sommes hébergés dans une antenne du Centre Culturel Autrichien où se trouve une bibliothèque et où vivent les jeunes stagiaires, comme Simon qui 2 ans auparavant y travailla cinq mois. On entre, on salue, on sourit, et là, pouf! Vue sur le Nil, derrière la grande baie vitrée! Et oui, J'avais un peu oublié qu'il y avait le Nil au Caire.


theoarab

Y ais-je vu la Révolution? C'est difficile à dire. Pour sûr je l'ai sentie, mais où en est l'Égypte aujourd'hui? Je ne peux que faire un brouillon de ce que j'ai lu, entendu et vu. La première chose qui m'a marqué, est que tout les égyptiens que j'ai rencontré se souviennent exactement des évènements au jour le jour. « alors c'était mercredi, heu non...mardi. Ha. Nan attend...si, si, c'est ça Mardi », donc le 25 janvier. Une première famille chez qui nous avons mangé se souvient de l'absurdité des médias gouvernementaux qui montrait des images de la place Tarhir vide alors qu'il suffisait de changer de chaines pour voir une foule immense brandir des drapeaux égyptiens. La première manifestation à rassemblé quelques dizaines de milliers de personnes au Caire, pour une Ville comptant plus de 15 millions d'habitants, tout le monde n'était donc pas dans la rue. Mais la coupure totale d'internet par le gouvernement dans les jours qui suivirent le 25 provoqua un réel besoin de savoir ce qu'il se passait et donc de descendre de chez soi voir ce qu'il se deroulait, directement. Ce que m'ont raconté à la fois Ali et Rashid et qui montre comment une grande partie du Egyptien du Caire ont vécu la révolution même en dehors des manifestations est qu'a partir d'un moment, Moubarack a tenté de jouer la carte du chaos, en retirant la police des rues et en ouvrant les portes de certaines prisons. Ainsi, Ali se souvient que, le matin il travaillait, l'après midi il se rendait place Tarhir et le soir il revêtait une veste de cuire pour monter la garde de l'immeuble et contrôler les entrés du quartier. Il m'a montré une photo sur son portable, on le voit, dans la cage d'escalier avec la veste sensée élargir un peu plus ses épaules et, à la ceinture...une épée! En effet, les armes était réservées aux adultes et il se trouvait pas loin une association d'art organisant des spectacles qui la lui avait dégotée. À l'entrée du quartier était installé un véritable checkpoint où toutes les voitures étaient fouillées et toutes les cartes d'identités vérifiés, pas question de laissé entrer armes ou policiers. Une fois, l'un d'eux était blessé et cherchait à rejoindre l'hôpital de la police de l'autre côté du quartier, personne ne l'autorisait à passer, pour ne pas qu'il soit tué une fois à l'intérieur du quartier. Car c'est la police en tuant les manifestants qui a aussi poussé les manifestants dans les rues. C'est,  toujours selon Ali, à partir du moment où il y eu les premiers morts que les évènements sont devenus « sérieux » et que le besoin d'aller voir ce qui se passe est survenu. Ali raconte cette periode comme épuisante entre le travail et les gardes et le politique. C'est d'ailleurs ce qui fait vibrer en écoutant Ali et Rashid parler de la révolution : la découverte du politique, qui s'est « faite là ! Tu vois ici, il y avait une scène et les gens s'exprimaient là. Tout est sortit de là, c'est ici que ça s'est fait! » me raconte Ali place Tarhir. C'est d'ailleurs je crois un élément important, la soudaine politisation des individus. « Avant moins la politique, j'y connaissais pas trop, voilà quoi, c'était pareil que plein de gens, mais avec la révolution, tout le monde s'y est mis. »

 

Sur la tranche du livre : Théo en Arabe, ou plus exactement "Tiou"

 

Croyez moi, ces moments racontés place Tarhir, dans une rue ou autour d'un café étaient vraiment très fort. Bon, il faut peut-être reconnaître que j'étais bon publique, c'est vrai. Mais quoi de mieux pour motiver un acteur et pout faire sortir ce qu'il y a de plus beau ? Car la révolution, c'est ce que j'ai aussi compris aussi, par le regard que les autres peuples ont portés sur l'Egypte a énormement joué sur le regard que certains égyptiens ont pu porter sur eux-mêmes. C'est ça aussi, je pense, qui a fait briller les yeux et frissoner les bras lors des récits.

 

Aussi, j'ai rencontré un personnage vraiment un peu extraordinaire, egyptien parfaitement français qui a réussi à me sortir, « tu sais, j'ai une amie qui a fait du ski avec Jamel Debbouze... ». J'étais allé me reposer à l'Institut culturelle Français du Caire, histoire de lire un peu la presse que je n'ai pas pu lire depuis presque 3 moi maintenant. C'était drôle, j'étais plutôt déparaillé, ou disons dans un mode chaussure de rando, cheveux sals, la même chemise rouge depuis 5 jours, le sac à dos et l'appareil photo en bandoullière, ce à quoi personne ne fait attention en temps normal. Mais là, j'entre dans le batiment, je franchis une autre petite porte, je me retrouve dans un « café français » avec que des français type sciencespo partout ! Belles petites chaussures, la petite mèche, les jambes croisés, les petits rires types « huhu-proutprout ». Je suis un peu moqueur mais c'était un peu rigolo de se retrouver dans un café de la Place St Pierre de Bordeaux avec le café à 2€30.

Donc, pour en revenir à Jamel Debouzze et Daniel Pennac, je tombe dans salle d'expo sur un egyptien qui me dit avec un bel accent « Monsieur, vous avez l'air d'avoir parcouru le monde entier tel que vous êtes ». Bref, on a bu un café parmis pour les « huhuproutprout » et, bien que je n'ai pas réussi à saisir vraiment tout d'Ahmed, dans la 40aine, il étudie en français à l'Université du Caire, tout en travaillant comme guide/interprète pour la presse francophone, tout ayant traduit Chagrin d'École de Pennac. « Alors, en France quand même, vous m'avez posé des problèmes avec votre 'Verlan', par exemple, tu sais combien ça m'a pris de temps avant de comprendre ce qu'était « caïra » ? Plusieurs jours à chercher sur internet avant de comprendre que c'était le verlan de Racaïlle ».

 

La question de l'identité et de la « dignité » des Egyptiens est aussi évoquée par Ahmed. Pour lui, il y a trois points positif importants de changés depuis la révolution :

  1. plus de peur intérieur (j'avais originellement compris ''Père''). « Je peux tout dire ». L'initiative individuelle s'émancipe.

  2. L'Egypte comme Famille, communication entre les classes. Peut-être illustrable par l'utilisation massive du drapeau Egyptien.

  3. Impact du respect Mondial. « Manque de dignité », c'était avant.

 

Je vous donne donc maintenant des informations en Vrac, parce que tout ne peut être raconté et j'ai un peu la flemme.

 

Bateau à voile sur le Nil. Pyramides apparaissant parmis les barres d'immeubles. Chicha. Cocktails de fruits. Taxi fou. Le musé Egyptien. Le masque de Toutankamon. Les trésors de Toutankamon. Repas avec le prêtre copte au Rayban. « Jesus loves you ». Allahu akbar. Jeu de celui qui traverse la rue bondée de voitures sans mourir. Chicha. Fou Taxi. Souk. Egyptiennes. "Pas un mot sur Israël durant le Dinner ok ? Ici, t'es en Egypte". "T'as vu la sœur d'Ali ? Elle est belle hein ?" "Combien pour le drapeau ?". Chameaux. Chevaux. Mobylettes avec sono intégrée. Pauvreté. Misère. Sourires. Quelques engueulades. Ambassades bien gardées. Soleil couchant. Odeur de mobylette. Cadeau pour Malika. 4 jours pour arriver à prononcer Tarhir.

 

  Le mot de la fin – ou du début – fut prononcé à la frontière par la sécurité israélienne et ce fut pour... Simon! « Avez vous un Coran ? Heu non. Pourquoi ? Heu...ben...je sais pas. Pourquoi n'avez-vous pas de Coran ? Ben heu...parce que personne ne m'en a donné...

 

Je complèterai bientôt par le regard Européen sur la Révolution. Ces jours j'ai un peu la flemme d'écrire, tout comme de répondre au mail. Je suis désolé.

 

 

Hopopop, j'oubliais,

 

Vive la Révolution

 

Théo

 

PS: j'écrirai bientôt un peu plus sur le fait qu'un pays arabe ait fait la révolution.

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25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 19:13

Il y a un mois : holala, tu t'imagines? Déjà qu'aujourd'hui y'a des roquettes qui tombent de partout, comment ça va être en septembre avec la demande à l'ONU?

Oulala, mais que va-t-il se passer? « He les gars, préparez-vous a devoir quitter Israël, à mon avis, cet endroit va vraiment virer au gros bordel nous dit un allemand vivant Beer Sheva depuis un an.

 

Bon, ben c'était ce week-end, Mahmoud à New York et Théo à Ramallah!

 

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Ticket de Bus pour Ramallah depuis la Porte de Damas, Jérusalem


Évidemment, devant l'ampleur médiatique de cet événement, mon ventre s'est mis à me titiller depuis quelques semaines. Hum, l'odeur de l'évènement politique me chatouillait les narines, depuis quelques temps mon appareil photo s'armait tout seul et l'irrésistible désir de me rendre à Tel Aviv pour acheter un stock de pellicules indiquait que je ressentais à peu près la même chose qu'avant une bonne grosse manif' française ou même un nouveau Larzac. Là, c'était pas José Bové ou le Groupe Anarchiste Bordelais, mais le chef de l'Autorité Palestinienne à New York avec Ban Ki-Moon au Nations Unis. À cela s'ajoutait un certain « devoir », il me semblait qu'à ce moment, ma place n'était pas dans mon jardin de Beer-Sheva, derrière Lemonde.fr, liberation.fr, haaretz.co.il ou encore AlJazeera mais dans le monde réel. Et puis tant pis si ce n'est pas le meilleur moyen de séduire une jeune demoiselle juive, américaine ou israélienne.

Bref, il me fallait écrire moi-même ce moment, avec mon stylo à moi : le noir et blanc de mon Nikon FM.

 

T'es fou!

Cette fois-ci, je n'ai pas trop fait mon malin auprès des camarades de la Fac, ni auprès du bureau responsable des étudiants étrangers. T'es fou! « Zis iz crayzi zis wik ènd ». Cependant, je trouve un compagnon bien sympa pour ces jours, Simon, germano-autrichien, parlant plutôt bien arabe. Nous sommes bien contents de faire ce petit périple ensemble.

 

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Simon, le compagnon de route, à Ramallah

 

Vendredi matin, l'excitation n'est pas à son comble, loin de là, je n'ai dormi que 4h, le départ étant prévu à 8h de Beer-Sheva, direction Jérusalem puis la Porte de Damas. À cet endroit, nous apercevons les premières « forces de répression » israélienne tout de noir vêtues, en plein briefing. Des contrôles semblent être établis à l'entrée de la vieille ville (Jérusalem-Est, censée être la future capitale Palestinienne), la police contrôle les jeunes gens. Nous apprendrons plus tard que l'accès à certaines zones de la vielle ville ont été interdites aux hommes de moins de 50 ans. On se regarde avec Simon...on hausse les épaules et Inchallah, qui vivra verra. Qu'en penses-tu maman?

 

 

Les bus sont bien là malgré le fait que nous soyons vendredi, jour saint Musulman. Le mur, encore, le checkpoint, encore. Le bus stoppe...mais ne repart pas. Les têtes des passagers commencent à s'agiter, que se passe-t-il? Après-tout peut-être que l'accès à la Cisjordanie est restreint. À l'attitude des palestiniens du bus, ce pourrait être possible. Mais non nous repartons. Fantasme de ma part?

 

Ramallah est très calme, le vendredi matin étant réservé à la prière, je crois, toujours est-il que les rues ne s'éveilleront qu'à partir de 13h à la sortie de la mosquée (c'est à cette occasion qu'à commencé le printemps arabe en Égypte). Quel plaisir de déambuler dans ces rues si différentes, si vivantes qui me rappellent – un peu – l'atmosphère de St Michel. Ici commence le voyage, lequel? C'est bien la question. Quel symbole : je prends le tramway, le même constructeur que celui de Bordeaux, je me rend à la porte de Damas, une ville millénaire, aujourd'hui capitale de Syrie et de la rubrique « internationale » du journal le Monde. Même si cette porte ne va pas à Damas, ce n'est pas très grave d'ailleurs. Passer cette porte, c'est un peu emprunter une vieille route qui ne se rend pas du tout à Rome si vous voyez ce que je veux dire. Elle va de l'autre côté, vers loin loin loin des gaulois!


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À Ramallah, la Pizza 194 UN, la Palestine reconnue serait le 194 état à l'être

 

Nous allons prendre un café où nous partageons un peu du temps et du repas de l'équipe du restaurant, ils semblent plutôt enthousiaste à l'idée de la demande à l'ONU. D'ailleurs j'apprends que la « Palestine » (première fois qu'elle est désignée ainsi dans le Livre Guiness des records) détient le record de la plus grande « Musakhan », plat palestinien (taper « Musakhan guiness record palestine » dans google image).

 

Bref, nous trouvons un hôtel pour 12€ la nuit chacun, nous sommes trop content, l'excitation, enfin. On dort.


 

Elipse.

 

Le soir arrive, nous nous dirigeons vers la place où est dressée une grande scène (plus grande que celle de Bouger le Place mais de peu, néanmoins t'inquiète Papa, le parc lumière était largement inférieur), pour l'heure, il y a plus de caméras que de drapeaux mais petit à petit les gens affluent tout comme les étendards. Le grand écran diffuse AlJazeera qui diffuse les images de Naplouse et parfois d'Hébron (et Ramallah alors!) où est aussi réuni pas mal de monde. Je suis très frustré, je suis très mal équipé pour cette occasion et je ne dispose que d'une pellicule de 125 asa pour des conditions qui nécessiteraient du 800 ou du 1600, mais bon, j'essaie de me gérer au mieux...


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...

 

Mais venons en à la question politique, que se passe-t-il.


D'une je n'ai pas l'énergie de résumer tout ce qui s'est passé ces derniers jours politiquement et diplomatiquement parlant, de deux, mon ignorance est bien trop grande, je ne suis d'un petit étudiant de première année avec les paroles de la chanson « Les Anarchistes » de Léo Ferre au dessus de mon lit, pas vraiment un spécialiste du Moyent Orient. Cependant, en gros, devant « l'impasse des négociations » entre Israël et la Palestine, Mahmoud Abbas – chef de l'autorité palestinienne, membre du Fatah, partis représentant la Cisjordanie alors que la bande de Gaza a élu des membres du Hamas ; il n'incarne donc pas tout à fait un peuple uni derrière un leader – a décidé de demander la reconnaissance par l'ONU de la Palestine comme un état, afin de peser plus lourdement face à Israël. Il pouvait soit demander la reconnaissance comme état à part entière ou bien simple « observateur », comme le Vatican. La différence se joue notamment dans le mode de décision de l'ONU : être reconnu comme état membre demande de passer devant le Conseil de Sécurité où les USA ont promis d'apposer leur véto, et ensuite d'obtenir 2/3 de votes favorables à l'assemblée. C'est ce qu'à donc officiellement demandé Mahmoud, vendredi soir, prenant ainsi le risque quasi certain de voir bloquée sa demande par le véto américain. Depuis Israël, ce qui était flagrant comme conséquences était de voir à quel point Israël était de plus en plus dans une sorte de « merde » diplomatique ou plutôt un « tsunami diplomatique » comme titrait un éditorialiste israélien. Car ici, finalement (de ce que j'ai perçu bien sûr) la question des conséquences réelles, en terme d'accords de paix ou de négociations ne se posait pas trop. Dans les journaux, ces derniers temps ce qui était palpable est le jeu que joue le Gouvernement Israélien dans le contexte régional s'isolant toujours un peu plus. Il y eu tout d'abord la guerre de gaza (opération « plomb durci ») en 2009 qui a fortement marqué les esprits du monde notamment à cause de l'usage de bombes clairement destinées à la mort de populations civiles (objectif atteint). Ensuite est venu l'attaque de la flottille en route pour Gaza qui provoqua la mort de 9 passagers turcs. Au delà de l'impact néfaste dans l'opinion envers Israël, venant renforcer (ou valider) l'idée d'une armée meurtrière et occupante, la publication récente d'un rapport onusien perçu comme complaisant envers Israël a provoqué une grave détérioration des relations avec la Turquie en aout aboutissant à l'expulsion de l'ambassadeur et la fin d'accords de coopération militaire, Israël refusant de présenter ses excuses pour la mort des passagers. Et enfin, la vision d'un Israël aveugle envers les changements survenus au Moyent Orient, c'est à dire le printemps arabe, notamment avec l'Egypte, principal appui dans la région puisque signataire d'un accord de paix en 1979. Ici, c'est tout le personnel de l'ambassade qui a dû s'échapper par avion. Après l'attaque d'Eilat en aout d'un bus israélien, l'armée israélienne avait par la suite tué 6 soldats égyptiens à la frontière, bibi Nethanyaou n'a pas présenté ses excuses. Bien que les évènements ne soient pas très clair, on peut dire que l'expression du peuple égyptien est bien plus permise et nourrie depuis le fameux printemps : des manifestations ont eu lieu devant l'ambassade remplaçant tout d'abord le drapeau israélien par celui Égyptien pour, quelques jours après, détruire le mur érigé devant le bâtiment et pénétrer dans l'ambassade.

Bref, un des chefs du gouvernement transitoire égyptien a déclaré par la suite que la traité de paix entre Israël et son voisin n'était pas « sacré ».

En Israël donc, une partie des articles déplorait la situation dans laquelle Nethanyaou plongeait Israël.

 

En somme, cette demande de reconnaissance à l'ONU, même si elle échouera devrait écrire par un vote l'isolement dans lequel se trouve Israël.

 

En prenant un café nous avons rencontré un palestinien semblant savoir de quoi il parlait qui nous disait que cet événement était inutile et qu'il n'y portait pas attention : cela ne changerait rien, mais surtout il ne s'agit pas du bon déroulement. Selon lui, la société palestinienne est bien trop divisée. Pour lui, c'est d'abord le fonctionnement de l'ONU qui pose problème, rejoignant là de nombreuses analyses : l'organisation des nations unies autorise la destruction de l'Irak mais n'empêche pas les bombardements de populations civiles à Gaza. Au début de la guerre civile libyenne, l'ONU a voté une zone d'exclusion aérienne visant a empêcher l'attaque de populations civiles par les forces aériennes de Kadhafi, il n'en ait rien pour Gaza. Le second point serait toujours selon cet homme que se produise un printemps palestinien, qui permettrait de clarifier l'organisation politique et ses représentants. (Mes connaissances sont vraiment trop faibles pour replacer ces propos dans un quelconque contexte, attendez un peu mon cours du semestre prochain intitulé « La société palestinienne », héhé!)

 

Ce scepticisme est partagé par nombre de palestinien, ce qui fut notamment visible par l'ampleur de la foule, relativement peu nombreuse au vu de la population de Ramallah.

 

Toujours est-il que nous sommes au milieu de la foule, attendant le discours de Mahmoud Abbas devant l'assemblée générale de l'ONU. Bon, pour le moment, l'écran est tombé emmenant 3 personnes à l'hôpital mais nous avons bonne espoir. On en profite pour monter dans un immeuble dominant la place pour voir tout cela vu du ciel. Tiens! C'est le couché de soleil, sur New York! Quelle belle métaphore nous offre le ciel!


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Ramallah

 

Le discours va commencer et c'est la transmission cette fois-ci qui foire et rend inaudible l'évènement. C'est drôle, de la foule, il est très facile de repérer les jeunes militantes européennes, tellement blondes comparées aux palestiniennes. Les internationaux sont très présents ici, révélant un peu plus la médiatisation de l'évènement.

 

Enfin le discours, tout le monde écoute, l'agitation des drapeaux est oubliées au profit de l'attention, d'ailleurs nous aussi nous tendons l'oreille, je trouve un traducteur improvisé originellement destiné à un journaliste. Alors moi aussi, je sors mon petit carnet et pas besoin d'imiter le style de prise de note journaliste : j'écris déjà comme eux, personne d'autre ne comprendra ce que j'écris! Ce que j'ai noté correspondait aux moments d'applaudissements dont voici quelques inédites retranscriptions :

 

« Il s'agit ici de la dernière situation d'occupation au monde : Rhalas, Rhalas, Rhalas! [Assez, assez, assez] »

 

« Notre objectif est d'être, nous voulons exister. »

 

« Nous voulons que ce soir les gens du monde entier écoutent notre histoire »

 

« Que la justice soit! »

 

« Nous voulons livre comme toute autre personne dans ce monde! »

 

(Évidemment vous trouverez une traduction plus officielle et plus complète un peu partout (mais quand même, celle-ci est vibrante non?)


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Ramallah, avant le discours


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Ramallah, place de retransmission du discours

 

Mais à ce moment, ce sont mes jambes qui vibrent, elles n'en peuvent plus et nous rentrons dormir. Alors, une dernière petite question à la personne de l'hôtel, un jeune de 25 ans. « Alors? Qu'est-ce que vous en avez pensé? ». « Ça ne changera rien, ce sont des paroles. Tu sais, ici, l'armée vient la nuit et enmène des gens. Si je dis dans la rue que je hais Israël, arrivera plus tard l'armée et il m'emporteront. Ils ont tué des enfants de cette taille là [pas haut du tout], des enfants meurent à Gaza, tués par l'armée israélienne. » « ... ». « Ce qu'il faut, c'est lutter ». « Paf », son point fermé vient frapper la paume de son autre main.

En rentrant, nous apprenons la mort d'un palestinien de 47 ans, tué d'une balle dans la nuque par l'armée, lors de l'attaque par des colons israéliens d'un village arabe de Cisjordanie. Pour me rendre compte de ce que ça signifie, j'imagine que c'est mon voisin de Vouhé qui mourrait...

 

J'étais sûr de bien dormir, ben non.

 

Théo.

 

 

Published by beershevamevoila
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